• Jo et Sylvie

de Vigo à Conackri


27 juin 2018 :

Il est 5 :00 du matin…. nous quitterons Vigo (Espagne) à destination de Conackri (Guinée).

Réveillés par le manœuvres de sortie du bateau, nous nous interrogeons si nous n’irions pas sur le pont supérieur afin de voir le bateau quitter le port. Trop bien au lit, nous limitons cette vue depuis le hublot de notre cabine avant de se replonger dans le sommeil pour quelques heures.

Le soleil est au rendez-vous ce matin, Il y a tout autour de nous l’immensité de la mer avec son bleu nuit contrasté par le bleu clair du ciel, la mer est très calme.

Voici une semaine que nous sommes à bord du bateau et autant dire que nous ne voyons pas le temps passer. Nous avons même du ‘retard’ dans le programme que nous nous étions fixés comme celui d’apprendre l’Espagnol. Une leçon en une semaine c’est peu….. Tant pis, nous préférons apprécier la traversée, suivre la vie au quotidien de ce sympathique équipage qu’il soit Philippin ou Italien.

Après le petit déjeuner toujours aussi complet, c’est le jour de la lessive et pendant que le linge sèche, nous partons faire une heure de vélo tout en visionnant un film, un film sans grand intérêt mais qui aura l’avantage de nous divertir et surtout nous faire oublier que nous pédalons dans une salle de sport fermée sous une lumière artificielle.

Pratiquer une activité physique est quelque chose que nous tenons à conserver car les repas sont copieux pour ne pas dire très copieux !

L’après-midi sera marquée par une sieste au soleil sur des chaises longues mises à disposition. Le bateau longe le Portugal à 100 kms des côtes.

Nous allons faire ensuite une balade sur le pont supérieur, une impression de ‘déjà vue’ mais chaque fois le décor est différent. Munis de jumelles nous scrutons l’apparition de baleines même au loin. Aucune apparaîtra...

Par contre il nous arrive fréquemment de voir des dauphins qui vont jusqu’à sortir de l’eau pour mieux replonger aussitôt. C’est un spectacle rapide mais qui comble nos yeux. Vraiment nous sommes ravis d’avoir fait ce choix de transport en bateau.

Alors que nous nous trouvons dans le salon du bateau occupés à lire, l’alarme incendie retentit.

Nous nous empressons de regagner notre chambre pour enfiler notre gilet de survie et emporter sous le bras le sac contenant la combinaison de survie sans oublier de placer le casque sur la tête. Dani, notre responsable de palier nous rassure que c’est un exercice et nous aide à attacher le gilet. Certes nous avions eu cette formation par Georges, le responsable sécurité mais nous devons admettre que nous manquons d’expérience dans la pratique et un peu de perte de sang froid car tout ceci est bien nouveau.

Nous suivons Dani qui nous emmène au point de rassemblement sur le pont supérieur. L’appel est fait par l’officier second à bord. Nous les ‘passagieri’ (passagers) après avoir répondu ‘présents’ pouvons disposer tandis que l’exercice continue pour l’équipage. Le scénario concerne un feu dans la salle des machines. Chaque membre d’équipage possède son propre rôle. C’est ainsi que le cuisinier devient médecin, l’électricien devient pompier de première ligne et les officiers, pompiers d’attaque de feu. L’exercice est très bien mis en scène et suivi par tous avec sérieux. L’unique blessé est pris en charge et évacué…

Le 28 juin 2018 :

Chouette, on nous prépare le pont latéral aussi la journée relax sera à l'honneur !

Le 29 juin 2018 :

Le bateau continue toujours sa route pour Conackri (Guinée) en passant entre les côtes des Iles Canaries et le Maroc…. Le réseau ‘Espagnol’ capté à proximité des îles nous permet d’entrer en contact avec la famille, les amis mais aussi de consulter les mails accumulés.

La puissance du réseau est faible cela ne nous permet pas de mettre à jour notre blog. De plus nous ne savons pas jusqu’à quand nous pourrons en bénéficier. Tant pis ce sera pour une autre fois, une autre fois on ne sait pas quand, peut-être à Conackri, peut-être au Brésil. Nous continuerons comme depuis le début à tenir à jour notre ‘journal de bord’.

Toute situation même banale peut être vite oubliée si elle n’est pas écriteau jour le jour. Par contre, le simple fait de pouvoir relire ce passage nous replonge avec plaisir dans ce qu’on peut appeler déjà du ‘souvenir’. Il en est de même pour ce qui est des photos et vidéos. Nous nous obligeons à une certaine discipline afin de classer tout ceci par date, facilitant ainsi la recherche.

En consultant les mails, nous avons appris qu’un accord est passé entre ‘Free’, notre fournisseur internet avec le Brésil. C’est une bonne nouvelle car le Brésil figure sur le parcours du bateau et différents ports seront desservis comme Vitoria, Rio de Janeiro, Santos et enfin Paranagua avant de passer en Uruguay. Cela nous permettra de prendre des nouvelles et de mettre alors le blog à jour.

Journée passée en baby-foot, sieste au soleil et lecture...

Nous avons reculé nos montres d’une heure car nous avons changé de fuseau d’horaires.

Le 30 juin 2018 :

La journée est tranquille mais chargée d’activités entre balades sur le pont supérieur, partie de scrabble, lessive, film et sieste sur chaises longues depuis le pont latéral du bateau.

Le décor est toujours le même, de l’eau tout autour de nous. C’est un spectacle reposant et quelque peu amusant, nous suivons une vague puis une autre, va-t-elle en croiser une autre ou se faire dépasser… Il nous arrive souvent de scruter l’horizon pour observer l’apparition d’une baleine mais aucune ne viendra en surface nous saluer.

Nous longeons à présent la Mauritanie, du moins c’est ce que nous informe l’application ‘maps.me’ installée sur la tablette. La mise à jour de notre position s’effectue en rapprochant la tablette de la vitre du hublot pour recevoir une localisation et connaître alors notre position.

De temps en temps mais plus rarement que dans la mer du Nord, nous croisons un bateau, tantôt un pétrolier, tantôt un bateau de pêche. C’est plaisant à voir et avec les jumelles nous essayons de lire le nom sinon l’enseigne du bateau croisé.

Soirée passée devant le coucher de soleil....

Le 01 juillet 2018 :

Lever à 4 :40 du matin et pour cause….

Tous les matins au petit déjeuner, nous avons le plaisir d’avoir des petits pains briochés qui sont ‘excellents’. L’idée nous vient de reproduire cette recette dans kokopelli lorsque nous ferons notre périple et nous interrogeons le cuisinier ‘Pasquale’ sur la façon de faire ces fameuses brioches. L’invitation est aussitôt programmée ‘viene domani per vedere’, ‘venez demain pour voir’. Le rendez-vous est pris …

C’est un échange de bon procédé : de notre côté de voir la fabrication de ces brioches tout en participant à la vie qui règne sur le navire à cette heure matinale du jour et pour notre sympathique cuisinier Pasquale de partager son travail de ‘chef cuisto’ et d’égayer sa routine de travail.

Du coup nous voilà 5:00 du matin en cuisine et tout commence par un bon café italien très corsé bien sur que nous nous empressons de diluer avec de l’eau. Nous suivons ensuite la fabrication étape par étape et la suite est confiée à Sylvie jusqu’à la mise au four de quarante brioches…. Rien ne vaut la pratique en pareille circonstance !

L’ambiance est bonne et nous prenons conscience une fois encore que nous vivons quelque chose d’unique et même magique. Nous voici à des milliers de kilomètres de chez nous, passagers à bord d’un navire, dans la cuisine de ce même bateau en train de réaliser des brioches à une heure matinale de la journée.

Ce qui nous a surpris ce matin c’est de voir que la lumière du jour tarde à pointer son nez. Phénomène normal, nous nous trouvons dans la zone tropicale du globe et l’hiver dans lequel nous allons bientôt entrer - si l’on peut parler d’hiver - n’est pas loin alors qu’en France c’est le plein été.

Plus tard en nous baladant sur le pont supérieur, nous avons le sentiment d’être moites et le sol est humide. Nous avons du mal à regarder l’horizon sans lunettes de soleil, la lumière est vive telle un spot éclairé dirigé vers nous. Nous avons du mal à distinguer l’horizon sous ce soleil de plomb et préférons retourner à notre cabine.

Il est 12 :00, le commandant nous informe du changement de fuseau horaire. Il y a à peine quelques jours, nous reculions nos montres d’une heure par rapport à la France, voici qu’à présent, alors que nous naviguons entre Cap vert et au large de Dakar (Sénégal), nous reculons encore d’une heure.

L’après-midi aura été mouvementée, non pas avec une mer qui du reste est assez calme mais par un nouveau exercice d’alerte incendie sans savoir où exactement car nous avons du mal à comprendre le message qui est donné sur les hauts-parleurs. Toujours est-il que nous devons obéir à la sirène d’alarme.

L’exercice semble plus sérieux. Comme nous avions mal compris le message, nous sortons dans le couloir pour s’assurer d’avoir bien compris. Officiers de bord et marins courent vers l’extérieur avec leurs équipements. Nous enfilons alors nos gilets en un temps record car cela n’est plus nouveau, mettons nos casques sur la tête et glissons sous le bras le sac contenant la combinaison de survie à revêtir en cas de ….. bein…. au cas où nous serions amenés à sauter dans l’eau !

Ces combinaisons sont des combinaisons étanches et permettent de résister aux variations de températures de l’eau. Mais bon tout cela reste qu’un exercice….

Sur le pont, tout le monde se regroupe devant le ‘muster point’ , point de rassemblement où l’appel est fait . Seules quelques personnes restent aux commandes depuis le poste de commande comme en salle des machines pour assurer la continuité de la route du bateau.

Une équipe d’intervention toute équipée descend dans la salle des machines, c’est là qu’est supposé se trouver le feu pour cet exercice.

L’exercice apparait plus sérieux dans son programme puisque nous devons nous préparer à abandonner le navire. Nous suivons alors les membres d’équipage. Avec nos amis Suisses , nous imaginons un instant le déroulement d’une telle manœuvre en cas de vraie situation d’abandon du navire.

Nous nous dirigeons vers la navette ‘rescue boat’ numéro 2 et en file indienne nous entrons, une personne sur le côté droit, une personne sur le côté gauche et ainsi de suite afin d’équilibrer la charge de remplissage de la navette. Nous avons du mal à respirer, nous sommes en zone tropicale, l’atmosphère est humide et chaude. De plus équipés de nos gilets de sauvetage, nous avons beaucoup de mal à lier les ceintures de sécurité à bord de cette navette.

L’exercice terminé chacun regagne son poste. Nous décidons d’aller prendre une bonne douche avant de se détendre sur une chaise longue et passer le temps à observer l’horizon.

Le 02 Juillet 2018 :

Erreur de réglage de l’alarme réveil. Comme d’habitude nous souhaitons nous lever à 7 :00 et avions programmé l’heure du réveil sur une tablette.

Jusque là pas de soucis, nous nous réveillons et savourons notre premier café dans la cabine remarquant que nous sommes encore bien fatigués. Est-ce que nous n’aurions pas récupéré notre lever matinal de la veille lorsque nous étions allés à la fabrication des petits pains ?

Machinalement en regardant l’heure sur un téléphone mobile, je remarque qu’il est à peine 5 :00 et non pas 7 :00 du matin. La tablette sur laquelle nous avions réglé l’alarme était encore à l’heure de ‘France’…

Décidemment ces changements d’heure n’ont pas fini de nous jouer des tours…

Peu à peu le soleil apparait timidement derrière les nuages. Le ciel offre un décor unique depuis notre hublot.

Après un bon petit déjeuner, nous faisons comme à son habitude notre première balade sur le pont supérieur … Le soleil disparait donnant place à des nuages de plus en plus denses.

Alors que nous approchons peu à peu les côtes de Conackri (Guinée), l’officier en second vient nous voir au déjeuner pour nous interdire l’accès au pont supérieur jusqu’au lendemain après notre départ de Conackri. Nous interrogeons l’officier sur la raison car d’autres voyageurs avant nous ont eu la liberté de suivre le spectacle du déchargement depuis le pont supérieur.

La raison nous est donnée : c’est pour éviter un risque d’attaques de ‘pirates’. Nous sommes un peu surpris car nous ne voguons pas à proximité des côtes Somaliennes où là il n’est pas rare que de telles attaques ‘pirates’ ont lieu!Nous comprenons mieux la réalité lorsque ce même officier s’adresse au cuisinier chef qui s’empresse de condamner les portes de sa cuisine donnant sur le pont latéral.

Notre espace de circulation se trouve à présent limité entre notre cabine et le salon. Le salon fera l’affaire, nous irons jouer au baby-foot, faire des parties de scrabble et regarder un film.

Depuis le salon le regard se porte sur un des 3 hublots qui donnent vers l’extérieur et des lances incendies sont déployées par l’équipage, connectées, abandonnées sur le pont prêtes à l’utilisation. Serait-ce encore un exercice incendie en préparation ? Nous continuons de jouer au scrabble et en fin de jeu avant de regagner notre cabine, nous faisons une très brève visite dehors.

La lance est prévue en cas d’attaque de pirates pour les dissuader de monter à bord. Voulant en avoir le cœur net, nous allons de l’autre côté du navire, la porte d’accès au pont est aussi verrouillées et en plus condamnée par des sangles. En jetant un coup d’œil sur la petite fenêtre de cette porte, nous constatons aussi la présence d’une lance incendie déployée.

Nous regagnons notre chambre ‘lieu de replis’ et munis de notre paire de jumelles, nous scrutons l’horizon. Nous nous posons des questions… C’est fou comme dans de pareilles circonstances tout ce qu’on peut imaginer… La couleur foncée d’une vague lointaine prend soudain la forme imaginée d’une embarcation qui se rapproche…. Elle est loin, si loin qu’il nous est impossible de vérifier l’apparence des personnes à bord.

Nous sommes encore à environ à 100-150 kms du port de Conackri…. Allons-nous être les ‘témoins’ pour ne pas encore dire ‘les victimes’ d’une attaque organisée par des pirates? La barque se rapproche peu à peu…. Utilisant le maximum du zoom qu’offre l’appareil photo, nous tentons un premier cliché. Il y a bien 8 personnes à bord mais encore difficile de bien les distinguer.

La barque semble ne pas avancer vers nous tandis que le bateau s’apprête à la croiser. La vue est idéale, nous réalisons une photo depuis notre hublot puis une autre plus précise.

Fausse alerte, toutes ces personnes ne sont que des pêcheurs…. La barque s’éloigne de plus en plus… Autant dire que c’est un soulagement mais qui nous poussera à laisser la fenêtre du hublot fermée…

Nous prenons le repas avec nos amis Suisses comme tous les jours et bien sur ces récentes mesures prises meublent nos conversations. Sans doute, le commandant a-t-il été informé par la police de mer de probables attaques ou tentatives d’attaques par des pirates.

Durant le repas, l’officier en second nous informe qu’une fois arrivés au port de Conackri, il nous appellera dans nos cabines et que nous serons accompagnés jusqu’à nos camping-car durant la sortie des véhicules neufs et occasions déchargés, ceci pour éviter les vols dans nos véhicules.

Bien que les deux camping-car soient bien protégés contre le vol, le risque ‘0’ n’existe pas. Nous resterons donc dans nos cabines respectives à attendre cet appel.

Il est près de de 20 :00 lorsque nous accostons aidés par un remorqueur. Malheureusement aucune photo ne sera faite et c’est depuis notre hublot que nous admirerons le coucher de soleil sur les iles Cassa et Tamara qui se trouvent à proximité du port.

Nous visionnons un film en attendant ce fameux appel et finirons par nous endormir. A 1 :00 du matin le téléphone de la cabine sonne, le ‘crew’ est déjà devant la porte de la cabine.

Le temps d’enfiler un gilet jaune, prendre les clefs du camping-car, me voici dans l’ascenseur qui descend de 12 étages. J’en profite pour me vaporiser de répulsif anti-moustique car la malaria est présente en Guinée. Mon ami Suisse Alfio en fait de même.

Devant le camping-car règne une grande effervescence, des gens de couleur revêtus de gilet jaune de sécurité sont là pour sortir voitures neuves de grande marque mais aussi des voitures et camions usagés. L’organisation semble un peu désordonnée, certains sont affalés et dorment, qui fait quoi et comment ? C’est tout de même surprenant qu’il n’y a pas d’accident ni de chocs de véhicules.

Deux hommes seront pris en train de fouiller l’intérieur de deux véhicules neufs. L’officier en second les surprend de loin. Il appellera la sécurité et ils quitteront le pont sur le champ.

Un camion ne veut pas démarrer, le branchement d’une batterie de secours n’apporte rien de plus. Cela aurait été plus simple dans le cas d’une voiture, avec quatre ou cinq personnes, il aurait été facile de pousser le véhicule, mais dans le cas d’un camion c’est une tout autre histoire. La malchance veut que ce camion soit en tête d’une série de huit camions à sortir, Malchance car tout ceci va mettre en retard le départ du bateau.

Il faudra bien 1 :30 pour permettre à un engin d’extraire le véhicule, le véhicule en panne est tiré puis littéralement poussé comme une auto-tamponneuse pour le placer dans le sens de la sortie. On se croirait dans une fête foraine admettant quand même l’efficacité du travail remarquable du conducteur de ce gros engin.

Des dockers viennent échanger quelques mots et tous révèlent que leur pays est très pauvre et qu’il n’y a pas de travail. Petit sentiment de mal à l’aise quand on pense que nous sommes là juste en escale pour un voyage à destination des Amériques. Nous évitons autant que possible de parler de Kokopelli. Alfio adoptera la même attitude, nous ne voulons pas étaler un ‘signe de richesse’ qui n’en est pas vraiment un. C’est un choix de vacances que nous avons fait et économisé pour …

Il sera 5 :00 du matin lorsque nous remonterons dans nos cabines fatigués et amusés d’avoir vécu cette activité dans ce port d’Afrique.

C'est encore avec plein de souvenirs que nous quitterons cette partie de notre voyage en bateau... Prochaine étape : Vitoria au Brésil après la traversée de l'océan atlantique.