• Jo et Sylvie

Puerto San Juan


09 octobre :

Situé sur l'axe de la 'ruta 3', Puerto San Juan mérite une étape et pour plusieurs raisons.

Sur le plan historique d'une part, cette ville possédait un aéroport d'une intense activité durant la guerre des Malouines, guerre qui opposa Argentins contre le Royaume Uni.

Les avions revenaient moins nombreux des missions.

Sur la corniche un mirage de fabrication française se dresse face à la mer en souvenir de ce conflit qui n'aura duré que quelques mois.

Il faut aller plus loin ensuite dans l'histoire pour apprendre que la ville s'est rendue célèbre pour être le lieu où Fernand de Magellan, célèbre navigateur et explorateur portugais à l'époque des Grandes découvertes a mis l'ancre du Nao Victoria dans ce port lors de son tour du monde, le 31 mars 1520.

Une réplique de son bateau est exposée devant la mer. En visitant cette nef, nous en apprenons plus sur les conditions de vie de ces quelques marins.

C'est à cette époque que cette partie d'Argentine a été nommée 'Patagonie' suite aux travaux publiés par Antonio Pugafetta, marin et chroniqueur sous les ordres de Magellan en apercevant les Sud-Amérindiens, grandes ossatures, de grands pieds d'où le mot 'Pato' en Espagnol.

La visite est intéressante mais nous regrettons de ne pas savoir parler espagnol pour mieux comprendre l'exposé fait par la guide.

11 octobre :

Profitant d’une journée qui s’annonce ‘ensoleillée’ et sans ‘vent’, nous partons à la découverte du ‘sendero costero’ en camping-car, un circuit touristique qui longe falaises et plages au départ de Puerto San Juan.

C’est une piste faite de ripio qui s’étale sur 30 kms avec différents points de vue permettant d’observer les alentours. Nous traversons des paysages magnifiques faits de plages isolées et de falaises où il vaut mieux ne pas trop s’approcher.

Sur une des plages, nous laissons kokopelli pour aller visiter une grande voûte formée par l’érosion de la mer. Les gros cailloux détachés mettent au jour des fossiles datant de millions d’années comme de grosses huîtres ou coquilles saint jacques. Profitant que la mer soit encore basse, nous passons un long moment entre ces gros rochers tels des ‘apprentis explorateurs’ pour trouver ‘Le’ fossile.

Nous trouvons une coquille saint jacques intacte encore emprisonnée par le temps dans une pierre. Nous emmenons ce caillou avec nous espérant pouvoir la ramener en France à notre retour.

Puis nous remarquons incrusté dans des rochers des fragments d'une espèce d'oursin plat. Ces fossiles très anciens sont très fragiles et se cassent à la moindre tentative d’extraction .

Nous scrutons chaque petit bassin d’eau profitant que la mer soit encore basse. Un oiseau huitrier semble intrigué de nous voir tête baissée...

Après bien une heure nous trouvons enfin 2 carapaces d'oursin plat entiers que nous lavons avec un peu de mer, encore un souvenir que nous comptons protéger et ramener en France.

Nous reprenons ensuite le sentier côtier ‘sendero costero’ , notre prochain belvédère se situe en haut d’une falaise. Depuis ce poste d’observation, nous apercevons une colonie de lions de mer. Nous avons vu pas mal de spots ces derniers temps avec des lions de mer. Mais le spectacle est toujours aussi merveilleux à voir et surtout, ce spectacle est à l’état ‘naturel’, l’animal est dans son milieu.

Nous poursuivons la piste qui permet de rejoindre Puerto San Juan et arrivons devant un obstacle…. La piste est comment dire : bien mouillée et boueuse ! Allons-nous refaire le circuit de 25 kms en sens inverse pour rentrer ou franchir cet obstacle et il ne restera que 3 kms à parcourir.

Nous examinons l’état de la piste de plus près. S’embourber maintenant demanderait de placer les plaques de désensablage et bien sur de retarder notre retour…. Bon, la décision est prise, j'effectue une bonne marche arrière afin de gagner en distance. Sylvie se propose de filmer la scène. Pas le temps, j’y vais maintenant ou jamais. Je me lance en première puis passe la deuxième et ensuite la troisième, je me rapproche de plus en plus de cette marre boueuse. Les dés sont jetés, dans un instant, nous allons savoir si nous avons fait le bon choix. Les roues avant glissent dans une boue épaisse qui se projette dans l’intérieur des roues et sur les flancs du véhicule. Je sens que la direction devient légère à l’avant et je compense par des mouvements de volant, Kokopelli sort vainqueur de ce passage...... ouf !

Sur la piste du retour, nous faisons une brève halte à une ancienne usine frigorifique abandonnée. Il faut remonter aux années 1912, cette usine employait 200 personnes et congelait des moutons destinés à l’exportation outre atlantique. Les ouvriers étaient mal payés, travaillant dans de mauvaises conditions, des grèves se succédaient jusqu’à ce que la Société Swift, société anglaise cessa son activité.

12 octobre :

Avant de quitter Puerto San Juan, nous faisons une visite du musée Rosa Novak.

Nous sommes les seuls visiteurs du moment et la responsable Malu nous accueille et nous accompagne dans la visite de ce petit musée regroupant les anciennes cultures de la région. Nous discutons de l’Argentine, de la France et de notre périple avec Malu qui semble très curieuse. A deux pas de là, un modeste marché artisanal vend des objets souvenirs et articles en laine.

Nous passons à la ‘lavanderia’ pour y retirer notre linge confié il y a deux jours et à nouveau nous discutons un bon moment. Allons-nous quitter le ville aujourd’hui ?

Nous laissons derrière nous cette sympathique ville en direction de Rio de Gallegos plus au sud.

Nous traversons de la steppe à perte de vue et rencontrons beaucoup d'animaux sur la route comme des moutons, des guanacos et oiseaux migrateurs. Les bords de route sont dangereux car les guanacos traversent la chaussée et sont imprévisibles dans leurs mouvements. De nombreux animaux sont là, morts heurtés par les véhicules.

Rio Gallegos comme l’étape précédente constituait un place stratégique dans la guerre des Malouines en 1982. Ce conflit qui aura duré 3 mois aura fait 650 victimes chez les Argentins qui revendiquent toujours que ‘los malvinas son Argentinas’, une enseigne que nous rencontrons souvent à l'approche des villes.

Un mirage et la statue d’un pilote se situent en bordure de mer en mémoire des personnes disparues dans cette guerre.

Rio Gallegos est une ville de 80000 habitants, nous l’avons baptisée ‘rio de sales gosses’ et pour cause…

Cette ville-étape détient le record des villes parcourues en matière de saleté. Située sur le bord d’un estuaire du même nom, le bord de la corniche est une véritable poubelle. Il y a bien sur des panneaux de sensibilisation indiquant que l’avenir de la ville est lié à la propreté mais ces pancartes ne semblent pas être comprises par bon nombre des habitants.

On y trouve des caisses de bières, des appareils ménagers hors d’usage laissés là, des sacs poubelles abandonnées, des couches bébés sur le trottoir, des gravas alors que la commune met à disposition des poubelles dans les rues. Non le message de ‘ville propre’ ne doit pas être bien compris. Mais ce n’est pas tout, la nuit venue, où que l’on se trouve dans la ville, on entend le bruit de courses de motos, de dérapage de voiture. Le pays connait une crise économique mais le comportemental et le civisme ne sont pas liés à la crise. Autant dire que si l’Argentine est un pays très beau à parcourir avec des endroits encore bien sauvages, des gens merveilleux et très accueillants, la saleté environnante de certains endroits donne parfois une note négative et c’est bien dommage.

C’est donc sans regret que nous quittons Rio Gallegos en direction de Laguna Azul….. prochaine étape…