• Jo et Sylvie

Ushuaia - Terre de Feu


20 octobre :

Route pour Ushuaia, la route de l'extrême et à la fin, la ville du ‘bout du monde’…

Nous quittons Tolhuin et reprenons la ‘ruta 3’ sous un merveilleux soleil. C’est une belle route qui longe dans un premier temps le Lago Fagnano pour se poursuivre à travers des montagnes toutes blanches. Partout coulent des ruisseaux et des cascades. Des arbres morts, résultat de l'excès d’humidité, restent encore droits au milieu de lagunes tels des fantômes. Plus on avance et plus le décor rappelle celui des Alpes.

Nous ne sommes qu’au printemps mais l’hiver semble rester plus longtemps ici dans cette partie du globe. Sur le bas côté de la route subsistent encore quelques plaques de neige.

Au détour d’un virage, nous surplombons une ville au fond d’une vallée en bordure du canal de Beagle.

Nous voici à la porte d'Ushuaia…. La ville du bout du monde.

Tout comme la visite des Chutes d’Iguaçu avec ses cascades gigantesques, la péninsule de Valdès avec ses baleines, nous voici à présent face à Ushuaia, l’aboutissement d’un rêve de longue date qui était de venir un jour jusqu’ici… et nous y sommes!

Nous sommes à vol d’oiseau à :

13000 kms de notre maison en France,

200 kms du Cap Horn.

Plus précisément Ushuaia est à 3094 kms de Buenos Aires, 4987 kms de La Quiaca, la ville la plus au nord d’Argentine qui fait frontière avec la Bolivie.

Dans la réalité ce n’est pas vrai, la ville du bout du monde est bien Ushuaia, mais le village le plus austral au monde est ‘Puerto Williams’ qui lui se situe au Chili de l’autre côté du canal de Beagle. Mais il semblerait que Argentins et Chiliens se disputent ce ‘titre’ !

Ushuaia c’est loin de tout avec lagunes, forêts de sapins, glaciers sans oublier le célébre ‘Parque Nacional Tierra del Fuego’ (Parc National Terre de Feu) que nous comptons bien visiter. C’est aussi le point de départ pour partir en croisière en Antarctique… le Cap Horn n’est pas si loin.

Le budget ne nous permet pas d’aller voir l’Antarctique. Nous aurions bien aimé mais le coût représente une année de voyage en Amérique du Sud. Ce sera pour une prochaine fois ….. peut-être un jour….

Profitant du beau temps nous immortalisons notre passage en ville qui semble très touristique et faisons une halte à l’office du tourisme afin d’obtenir des informations plus actuelles que notre guide de voyage sur les curiosités à voir et randonnées à faire dans les environs. Nous bivouaquons face au port de plaisance à deux pas du centre de la ville.

21 octobre :

Le temps peut vite basculer. Ici les gens disent qu’il peut y avoir les 4 saisons en l’espace d’une journée. Et il n’aura pas fallu longtemps pour en avoir eu la confirmation.

Il a plu cette nuit et au réveil, nous apercevons que la neige est tombée sur les hauteurs.

Le soleil fait de timides apparitions avec de temps en temps un ciel bleu mais les montagnes qui entourent Ushuaia sont encore couvertes de nuages gris. Nous remettons la visite du parc ‘Tierra del Fuego’ à un autre jour et consacrons notre journée à la découverte de la ville et de certains musées.

Il fait 3 degrés dehors et nous partons habillés chaudement en ville. Certaines façades de maisons sont colorées, l’église de la Merced est de couleur jaune et rouge. Ces couleurs donnent un certain charme à la ville et le gris du ciel apporte du relief à toutes ces couleurs.

Nous arrivons au 'musée maritime et ancien bagne d'Ushuaia'.

Cet édifice en forme d’étoile est en fait un ancien bagne construit en 1902. Sa forme présente 7 branches de couloir partant d'un hall central.

Ce bagne fut construit pour enfermer des récidivistes. La construction de la prison fut réalisée jusqu’en 1920 par les bagnards eux-mêmes.

En dehors de la prison les bagnards construisaient des rues et des bâtiments, en plus de

l’exploitation des forêts. Afin de ramener des troncs d'arbres des forêts un espace ferroviaire fut mis en place en 1910: le train le plus austral du monde.

Une réplique de ce train circule aujourd'hui emmenant avec lui les touristes pour mieux comprendre le passé de la ville.

Nous visitons les anciennes cellules dénuées de tout confort, le chauffage était assuré par 2 feux à bois situés dans l'allée.

Ce bagne a été fermé après la deuxième guerre mondiale puis occupée par une base navale. C’est pourquoi on peut visiter la salle du Musée Maritime avec ses merveilleuses maquette de navires d'explorateurs en Antarctique, leurs circuits et les conditions de vie pour ne pas dire de survie pour certains.

Une carte sur un mur montre un nombre incalculable d’épaves de bateaux échoués dans cette partie du globe, lieu des aventures mais aussi lieu des naufrages.

La visite se poursuit et nous arrivons à la présentation des indigènes Shelk’nams et les Yamanas qui vivaient jadis ici.

C’était des nomades qui étaient peu vêtus, se nourrissaient essentiellement de la chasse de guanacos, de baleines échouées, des lions de mer pour leurs peaux, pour leurs chairs et aussi pour l’huile qui alimentait les feux.

La venue des Européens à la recherche d’or et commercialisation des lions de mer a rapidement mis fin à ces peuples.

Nous consacrons le reste de l'après-midi à la visite de la ville, touristique et très agréable.

22 octobre :

Il fait beau ce matin mais ne crions pas victoire, nous partons faire une randonnée et nous nous habillons chaudement. Il y a un dicton ici qui dit ‘en Octobre, ne te découvre pas d’un fil, en novembre fait ce qu’il te plait !’ Curieusement cela ressemble à un dicton français mais pas avec les mêmes mois ….

Notre randonnée du jour, approcher le glacier Martial qui domine la ville d’Ushuaia.

Munis de nos bâtons de marche, quelques barres de céréales dans le sac à dos, appareil photo - bien sur - et nous voici partis pour 2 heures de marche assez raides. Sur la neige encore gelée, il souffle un vent très fort en se rapprochant du glacier. Nous avons du mal à avancer et croisons des promeneurs qui eux font demi-tour.

Certains arbres portent des boules, serait-ce le reste de Noël ? En fait ceux sont des champignons appelés ici 'le pain des indiens'.

Nous nous arrêtons à un niveau tentant d’observer la couche du glacier mais c’est un sommet tout blanc qui se trouve devant nous. Nous discutons avec des promeneurs qui nous indiquent son emplacement mais qu’actuellement il est tout couvert de neige et se confond avec le manteau neigeux de la montagne.

Nous prenons le chemin du retour. A mi-parcours profitant d’être à l’abri sur une terrasse, nous savourons nos barres de céréales en contemplant au fond Ushuaia.

En fin d’après-midi, nous partons visiter le ville avant de faire le plein de courses et d’eau pour les 3 jours à venir.

23 octobre :

Nous quittons Ushuaia et poursuivons vers la sud ,la ‘Ruta 3’ sur une vingtaine de kms. Nous passons un poste de péage qui est l’entrée du parc ‘Tierra del Fuego’ (Terre de feu). C’est au bout de ce parc que prend fin la célèbre ‘Ruta 3’.

L’entrée du parc n’est pas ‘donnée’. Nous sommes étrangers et le tarif diffère si on est argentin ou étranger.

Il faudra qu'on s'y fasse à payer une entrée plus chère ....

De plus, certains chemins de randonnée ne sont pas encore ouverts car ils ont subi de la détérioration durant l’hiver.

Ne nous plaignons pas, ce pass d’entrée nous permet cependant de rester à l’intérieur du parc durant 3 jours.

Nous faisons étape au bureau d'informations du parc qui possède un petit musée très riche sur la vie des indigènes avant leur extinction.

Munis des brochures sur le parc, nous partons faire une randonnée sur le chemin 'Hito XXIV', long de 9 kms .

Celle-ci traverse un immense espace boisé composé de ‘lengas’ (ressemblant au bouleau) et de guindos (sorte de pins) qui longent le Lago Acigami (Lac Acigami). Ce lac était autrefois habité par certaines familles indigènes nomades.

Il fait beau et il est agréable de se poser en route tant le décor qui nous entoure est magnifique.

Nous arrivons à un belvédère et tombons sur un panneau étrange planté en bordure d’eau à mi-course du lac.

Notre curiosité va plus loin et nous partons lire ce panneau. Il indique que passé la limite nous sommes au Chili. Cette frontière est matérialisé par quelques pilotis planté dans l’eau.

Nous retournons à kokopelli et partons nous installer dans un camping ‘sommaire’ du parc à proximité d’une rivière. Nous nous parquons face au vent afin d’atténuer l’impact du vent. Ce sera une nuit sans ‘abri’ dans cette pâture partagée avec deux autres camping-car.

24 octobre :

Il fait gris ce matin mais pas de pluie.

Nous partons à pieds randonner dans le parc en commençant par le Sendero Castorera (sentier des castors).

Le castor était un animal recherché pour sa fourrure dans les années 1940 et 25 couples furent amenées dans cette région.

Aujourd’hui on en dénombre pas moins de 100000 et ces animaux représentent un réel fléau pour l’éco-système local en modifiant le cours des rivières avec les véritables barrages qu’ils réalisent.

Traversant d’immenses forêts peuplées d’arbres morts donnant des silhouettes fantômatiques, notre sentier débouche à Puerto Arias avec ‘Bahia Lapataia’, un point incontournable du parc.

En chemin, nous apercevons un groupe d'ibis qu'il est difficile d'approcher ....

Sur le parking sont stationnés de nombreux bus de tourisme. Nous voici à la fin de la célèbre ‘Ruta 3’ et devant la 'Bahia Lapataia', une baie face au canal de Beagle.

Des passerelles aménagées permettent d’accéder à des points d’observation comme le ‘mirador

Lapataia’.

Le soleil semble vouloir pointer à travers les nuages, la marée est encore basse, nous poursuivons notre randonnée le long de la côte déchirée du canal de Beagle. Au passage nous rencontrons des canards et des oies, plus loin ce sera un regroupement de cormorans réunis sur une des nombreuses îles du canal. Il nous arrive souvent de marcher sur de véritables tapis de moules.

Notre sentier nous amène à une balise servant de repère aux bateaux. Un panneau nous indique qu’il n’est pas permis d’aller plus loin. Assis sur un rocher nous restons un long moment à contempler toute cette nature encore vierge avec ‘déjà’ un petit pincement au cœur, Bahia Lapataia, situé à 12 kms au sud d’Ushuaia sera notre point le plus austral que nous franchirons dans notre périple et nous n’irons pas plus ‘bas’.

En fin d’après-midi, nous quittons cet emplacement pour un autre endroit du parc, à proximité du ‘Rio Pipo’ (rivière Pipo) située à flanc de montagne. Nous profitons de la rivière pour nettoyer kokopelli qui mérite bien cette attention. Nous passerons une partie de la soirée à admirer les sommets enneigés de la cordillère qui nous entourent.

25 octobre :

Il a bien gelé ce matin et nous sommes réveillés tôt. J’avais placé une consigne de chauffage à l’intérieur du camping-car mais sans valider si bien que la température est bien descendue et le froid nous a réveillé tôt.

Depuis le dôme de kokopelli, les sommets enneigés des montagnes prennent déjà une teinte orangée avec le lever du soleil. Une bonne journée ensoleillée s’annonce.

Au programme aujourd’hui, nous avons décidé de se reposer sans repartir comme ces derniers jours à des kilomètres de randonnée.

La brochure donnée à l’entrée du parc indique une cascade située à quelques kilomètres sur la rivière ‘Rio Pipo’. Cela nous convient et nous partons faire ce sentier de balade.

De retour à kokopelli, nous nous préparons à quitter ce parc pour passer une dernière nuit à Ushuaia avant de quitter la 'fin du monde'....

Merci Aldana pour le tampon sur nos passeports, témoin de notre passage au parc Tierra del Fuego. (Terre de Feu)

Mais quelque chose nous dit que nous n'allons pas quitter si vite cette magnifique partie du globe...

A suivre....