Zarate

29 Jul 2018

 

17 – 18 – 19 – 20 – 21 – 22 – 23 juillet :

 

Il faudra 7 jours au bateau parti de Paranagua au Brésil pour arriver à Zarate en Argentine, oui  7 jours, bien plus qu’il en aura fallu pour traverser l’atlantique depuis l’Afrique,  Conackry (Guinée) à l’Amérique du Sud, Vitoria (Brésil) et pour cause…

 

Non non nous ne comptons pas faire le tour de l’Amérique en bateau pour répondre au cousin Luc ;-)….

 

Depuis notre sortie de Paranagua, la météo s’est fortement dégradée, nous avons quitté les t-shirts et bermudas pour les remplacer par des jogging et polos manches longues.

Plus nous descendons vers le sud en longeant l’Uruguay, plus nous entrons dans l’hiver de l’hémisphère Sud tandis qu’à cette même date du mois de Juillet, dans l’hémisphère Nord, la chaleur de l’été doit être bien présente.

 

Il fait froid sur le pont supérieur et avec cette pluie mêlée de vent et de brouillard intense, il n’est pas prudent d’y rester, cela réduit désormais notre espace de ‘promenade’.  Dans des roulis incessants le bateau danse de gauche à droite puis de droite à  gauche. Notre sommeil est souvent interrompu par ce balancement et se rendormir devient même parfois difficile.

A certains moments de la nuit, notre curiosité nous pousse à se mettre debout devant le hublot pour essayer de voir le comportement de la mer dans l’obscurité de la nuit, une obscurité alternée par l’apparition d’éclairs. Observer des éclairs en pleine mer est quelque chose de différent de ceux qu’on peut voir depuis une fenêtre de sa maison. Sur la mer, il n’y a pas d’obstacles comme des habitations ou du relief. Ici tout est ‘nu’ jusqu’à l’horizon si bien que les éclairs illuminent la mer sur 360 degrés durant une fraction de seconde.  Cela ressemble à un immense flash de couleur gris clair voire bleuté en passant par le rose.

Malgré le bruit de la bouche de climatisation de notre cabine qui elle est impossible à régler, nous arrivons quand même à entendre les tonnerres gronder au dehors.

 

Au cours d’un repas du soir, nous avons eu la surprise de voir des bouteilles d’eau posées sur la table  qui cherchaient sans doute à garder l’équilibre avec la ‘danse’ du bateau. Très vite, elles ont roulé sur les tables pour terminer  leurs courses parterre en brisant des verres au passage.

Cette météo et cette nouvelle attente interminable joue un peu sur le moral durant les journées. Nous voudrions aller balader mais cela est exclu. Je pense du reste que les officiers nous demanderaient de quitter le pont pour notre sécurité.

 

Nos occupations se répartissent dans plusieurs activités : sport, baby-foot, cours d’espagnol, lessive, visionnage de films, lecture et enfin sieste pour rattraper des heures de sommeil manquantes. Le sport apparait comme une pratique obligatoire que nous nous imposons de faire au moins une heure par jour, cela ‘tue’ une heure par jour tout en réduisant aussi ‘un peu’ des calories absorbées au cours des repas durant la traversée.

Il faut dire que le bateau a fait le plein de nourriture au Brésil et que depuis nous faisons une cure parfois excessive de mangue, ananas et papaye…. Il faut bien essayer d’éliminer cet excès de sucre ‘ingurgité’ par gourmandise…

 

Le 18 juillet nous approchons peu à peu l’entrée du Rio Del Plata, véritable estuaire séparant au Nord l’Uruguay de son pays voisin situé au Sud, l’Argentine. Nous nous réjouissons  à l’idée que la traversée va bientôt toucher à sa fin et que nous pourrons entamer notre périple en camping-car sur la terre ferme.

 

Il reste au bateau à remonter le long estuaire pour entrer dans un long canal amenant à Zarate, port maritime d'Argentine, effectuer du chargement/déchargement et ensuite se rendre à Montevideo (Uruguay), fin de notre traversée.

 

Si tout se passe bien, nous devrions arriver le 23 Juillet  soit après une traversée de 33 jours. Ce calcul approximatif semble être une bonne moyenne du ‘retard’. La traversée faite par d’autres passagers avant nous avait été de 45 jours. Mais le calcul de cette date d’arrivée reste approximative si tout va bien se dérouler.....

 

La réalité est tout autre ! Nous nous réveillons ce matin du 18 juillet et remarquons que le bateau n’avance plus.

 

Nous croisons le commandant au cours du petit déjeuner qui nous informe que la force du vent ne permet pas au bateau d’avancer plus à l’intérieur de l’estuaire et qu’il n’a aucune information plus précise à nous donner pour l’instant quant à la date d’arrivée à Montévideo. Il ajoute aussi que le canal à emprunter pour se rendre à Zarate est quant à lui fermé à cause du vent.

 

 

Dans l’attente de plus de précisions, nous voici au milieu de l’eau avec l’ancre sortie comme d’autres bateaux aussi en attente et le temps est frais !

Le pire est que depuis le hublot, nous apercevons la côte de l’Uruguay avec Montevideo qui se situe à moins de 30 kms et que nous ne pouvons pas y aller…

Allons-nous battre le record de 45 jours de traversée ? C’est la première question que nous nous sommes posés….

 

Cette traversée aura été une expérience très positive et très enrichissante pour mieux comprendre la vie de marins comme la vie des dockers aux escales mais ces attentes affiche le côté négatif.

Attendre toujours attendre et encore attendre…

 

Ce 19 juillet marque  une date  ‘anniversaire’, cela fait un mois maintenant que nous sommes à bord du bateau depuis le port pour Anvers.

Les journées du 19, 20, 21, 22 se passent et nous sommes toujours au large en attente d’une météo favorable. Peu à peu le ciel bleu a remplacé les nuages mais le vent est toujours là. Cela rappelle la force du mistral qui sait chasser les nuages de chez nous en Provence.

 

Le bateau s’agite toujours dans une eau de couleur marron très chargé de sédiments.

Cela fait 7 jours que nous n’avons plus avancé… ce qui nous surprend c’est que dans nos petites activités très limitées, le temps passe ‘assez’ vite dirons-nous. Mais cela reste un peu oppressant et frustrant de ne pas pouvoir bouger plus.

 

Ce 21 juillet, nous avons pu descendre au camping-car et remonter avec le nécessaire pour me couper les cheveux et prendre aussi quelques vêtements plus chauds. Cela va constituer une variante qui va donner des idées à d’autres personnes du bateau.

 

Nous imaginons la conséquence de ce retard d’arrivée à Montévideo si nous avions choisi l’autre option qui consistait à faire partir le camping-car tout seul par bateau depuis Anvers.

Dans un premier temps, il aurait fallu amener le camping-car depuis notre domicile en Provence jusqu’à Anvers et le laisser au terminal du port le 17 juin pour le départ initialement prévu le 18..

 

Ensuite il aurait fallu trouver un moyen de transport pour rejoindre la gare d’Anvers, le port étant bien sur éloigné du centre de la ville et prendre un train afin de retourner au domicile.

En se respectant la date prévisionnelle d’arrivée à Montévideo annoncée au 20 juillet, nous aurions pris un vol réservé à l’avance afin d’être présents à cette date là et effectuer les formalités nécessaires à la sortie du véhicule.

 

Dans la réalité les choses sont tout autres car pour l’instant nous sommes le 22 juillet et notre date d’arrivée reste encore imprécise. On s’imagine donc que  si nous serions arrivés en avion, nous serions en train de cumuler des frais d’hôtels, de restaurants et de taxis.

 

 Finalement, nous ne regrettons pas d’avoir accompagné notre véhicule et avoir fait cette traversée ‘atlantique’ avec lui.

 

23 juillet :

Excellente matinée, ciel bleu, plus de vent au lever… Nous croisons les doigts espérant un départ aujourd’hui…

 

Tout autour de nous dans cette eau calme mais toujours marron, nous apercevons  d’autres bateaux. Si le ‘feu vert est donné’, qui va passer en premier ?

 

Un bateau ‘pilot’ se rapproche de nous…. Chouette nous apercevons deux personnes monter à bord ! Ils vont guider le navire le long du canal ‘Parana Rio’ menant à Zarate.

 

Durant les opérations, l’un des ‘pilotes’ sort du poste de commandement. J’en profite pour tester ‘fièrement’ mon espagnol-débutant et le saluant avec un ‘buenas tardes’. Carlos de son prénom  m’interroge pour savoir si je parle espagnol et nous engageons une longue conversation  sur les périples que nous allons parcourir. Il nous conseille tel endroit, tel autre…. Bref nous échangeons nos cartes et numéro whatsapp. Sylvie sera surprise de recevoir une bise de la part de Carlos qui devra retourner aux commandes mais nous allons restés en contact, Carlos connait très bien les coins que nous visiterons et sera notre 'guide virtuel'.

 

Le soir tombe tandis que le bateau emprunte le long canal menant à Zarate....

 

24 juillet :

Nous voici à Zarate pour deux jours. Nous avons la permission de sortir et passeports en poche, nous prenons le taxi portuaire qui nous emmène à la porte de sortie du port maritime, contrôle des papiers par l'immigration.

 

Nous ne pouvons pas prendre de taxi pour rejoindre le centre de  Zarate n’ayant pas de pesos avec nous. Ce n’est pas gênant car le centre est à peine à 3.5 kms et cela nous fera que du bien.

Le soleil est au rendez-vous, la météo est belle, c’est donc à pieds que nous partons dans cette direction.

En route, nous rencontrons beaucoup de déchetterie sauvage et croisons beaucoup de chiens allongés sur les trottoirs. De nombreuses maisons sont en mauvais état et possèdent des grilles aux fenêtres, peut-être est-ce une coutume ou alors est-ce pour se protéger de voleurs. Autant dire que  nous ne nous sentons pas trop en sécurité et accélérons le pas.

 

Tout au long de notre marche, nous allons de surprise en surprise avec l’état des voitures. Le ‘contrôle technique’ ne doit pas exister ici…

Pas plus que le port du casque pour les motards qui roulent tantôt d’un côté de la chaussée tantôt de l’autre. On ne peut pas dire que l’on soit dans un quartier ‘standing’, l’état de la route est défoncé et je ne parle pas des trottoirs qu’il faille parfois contourner pour éviter de trébucher.

 

Peu à peu, nous arrivons dans un centre ‘plus civilisé’ avec bus, taxis, magasins… En traversant une place avec une grande fontaine, nous apercevons une banque. Notre premier objectif du jour est de faire du ‘cambio’, du change…

Nous essuyons un refus car nous ne sommes pas clients. Nous nous dirigeons vers une autre banque ‘BancoPantagonia’. Nous essuyons à nouveau un refus et on nous suggère d’aller sur Buenos Aires car Zarate ne possède pas de bureau de change….

Nous insistons et finalement c’est Noelia, une responsable qui nous reçoit et nous explique que cela n’est pas possible en agence mais qu’en Argentine il existe un marché parallèle de change avec des conditions identiques et de ‘main à main’…. Nous avions entendu parler de l’existence de cette formule de change mais nous avions aussi lu aussi qu’à travers ce réseau, il arrive parfois que de faux billets soient mis en circulation.

Voulant éviter tout problème nous préférons attendre d’être à Buenos Aires. Nous discutons un long moment du voyage avec Noelia qui a des origines françaises. Nous échangeons nos cartes et elle nous demande de ne pas hésiter à la contacter si nous rencontrons des problèmes en voyage.

Au moment de sortir de la banque, elle nous interpelle car un ami à elle vient d’entrer dans l’agence et il fait ce ‘marché parallèle’. Calculatrice sortie, nous tombons d’accord sur le montant Euros/Pesos Argentins et voilà qu’en trois minutes le temps de recompter les billets, nous possédons des pesos ARS. Nous remercions Noelia que nous embrassons et promettons de rester en contact.

 

Super, nous avons des pesos et la première chose que nous recherchons c’est de trouver un restaurant et savourer une bonne bière même deux tout en rapatriant les mails et autres messages accumulés depuis notre dernière connexion internet.

Et après le restaurant, nous partons à la recherche d’une carte sim locale afin de pouvoir disposer d’une capacité ‘internet’. La fin  de la journée arrivant, nous ne souhaitons pas rentrer au bateau à pieds et c’est en taxi que nous ferons le chemin du retour, contents de notre petite journée.